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GérontoLiberté

PARO : pragmatisme ou réticences philosophiques et éthiques ?

29 Janvier 2016, 06:35am

Publié par Bernard Pradines

Image issue du site : http://www.linternaute.com/nature-animaux/bebes-phoques-l-arctique-tendrement/sauvons-les-bebes-phoques.shtml

Image issue du site : http://www.linternaute.com/nature-animaux/bebes-phoques-l-arctique-tendrement/sauvons-les-bebes-phoques.shtml

Louis Lacaze (dit Papi) nous a instruits récemment de la robotique en gériatrie. Voir l’article sur ce thème.  (http://free.geriatrics.overblog.com/2015/09/robotique-et-geriatrie-une-tendance-deshumanisante-pourtant-serieusement-envisagee.html)

Désormais, la robotique est censée imiter un animal. PARO, le robot-phoque initialement conçu au Japon, débarque en France.  Vêtu d’une fourrure agréable à caresser, il est capable de se mouvoir et d’émettre des sons inspirés des vrais cris des bébés phoques. Vous savez, ceux pour qui nous éprouvons tant de compassion et de culpabilité lorsque nous voyons avec effroi le sort qui leur est réservé.

PARO  ne souffre pas comme nombre de ses congénères vivants mais il n’éprouve pas de plaisir non plus. Il ne mange pas, ne boit pas, bref il ne possède aucune de nos fonctions physiologiques. Il n’éprouve pas de douleur. Il ne meurt pas comme un être vivant car il est un objet qui sera jeté après usage. Il est le produit d’avancées considérables de la science dont on ne sait pas ici s’il faut les qualifier de progrès. Il est le révélateur de capacités de projection de nos sens et surtout de nos sentiments sur un objet animé par des microprocesseurs et bourré de capteurs sensibles à des forces physiques et à des sons. Un objet et non un animal, ce qui peut être de prime abord considéré comme une tromperie du fait de son apparence; il est fort à parier que les réticences les plus grandes viendront de l’entourage des patients ainsi abusés avant  d‘être celles de ceux-ci.  Un poupon ou une peluche animée, est-ce acceptable ?

Au moins si l’objet est présenté en tant que tel aux patients dans la mesure où les troubles cognitifs ne sont pas trop importants, ils sauront à quoi s’en tenir. Mais s’ils considèrent cet objet comme un animal lorsque leurs capacités de jugement sont perturbées, devons-nous nous en réjouir avec eux ? Admettre qu’un animal réel pourrait souffrir auprès de nos anciens ?

 En tous cas, un des mérites de PARO, surtout en cas de réussite individuelle, est bien de souligner le défaut de présence réelle, humaine ou animale, auprès de la personne âgée. Une délégation technique en quelque sorte, masquant l’indigence d’un réconfort humain.

Les habituelles questions posées par toute nouveauté ne seront pas absentes : la gestion d’un tel dispositif ne viendra-t-elle pas accroitre la charge de travail ? Son prix d’achat et d’entretien n’est-il pas disproportionné aux bénéfices attendus ?

Mais ici, les questions vont bien au-delà. Catastrophe humanitaire et dépersonnalisation diront les uns. Victoire de la technologie diront les autres. Ne méprisons pas davantage nos résidents en les infantilisant encore davantage, diront les uns. Soyons pragmatiques et utilisons tout ce qui peut apaiser nos patients anxieux ou agités et « opposants » diront les autres.

Le débat est ouvert. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Sources :

http://www.phoque-paro.fr/

http://www.agevillage.com/actualite-11619-1-paro-la-peluche-experimentee-en-maison-de-retraite-pour-les-malades-d-alzheimer.html

Travailler jusqu’à 93 ans et quatre mois pour éviter la maladie d’Alzheimer ?

26 Janvier 2016, 06:29am

Publié par Bernard Pradines

Dr Aloïs Alzheimer 1864 - 1915

Dr Aloïs Alzheimer 1864 - 1915

Ne riez pas. Si l’on relit avec délices une étude prétendument sérieuse (1),  encore récente, chaque année de travail supplémentaire après 60 ans diminuerait la probabilité d’Alzheimer de 3 %. Une extrapolation hasardeuse me pousse donc à proposer l’âge de 93 ans et quatre mois pour éradiquer la maladie d’Alzheimer. L’honnêteté me pousse toutefois à vous dire que l’étude n’a porté que sur des personnes prenant leur retraite entre 60 et 65 ans avec un moindre risque de présenter cette affection de 15 % si elles travaillaient jusqu’à 65 ans. J’ai, en son temps, critiqué ces résultats du fait des possibles biais de sélection (seulement des travailleurs indépendants français), d’un biais de classement (maladie déclarée ALD15 et patients sous thérapeutiques médicamenteuses dites spécifiques) et d’un biais d’interprétation (causalité fortement suggérée à partir du principe « use it or loose it »), en bref d’une méthodologie discutable : rien ne dit de surcroît qu’il n’existe pas une « causalité inverse » et des facteurs de confusion inconnus. Sans parler du délai de 5 ans pour l’apparition de la maladie. Chacun sait aujourd’hui qu’il peut être beaucoup plus long. Enfin, la diffusion des résultats a été pour le moins imprudente, même si le conditionnel put encore être employé en titre dans Le Figaro du 16 juillet 2013 (2).

La morale de cette histoire, comme de bien d’autres, nous est fournie par le bon sens populaire : on peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut. J’y  ajouterai volontiers : surtout si l’on y a un intérêt quelconque, financier et/ou idéologique.

  1. Voir lien ci-dessous :

2. Portail web du Figaro le 16 juillet 2013 à l’adresse ci-dessous : 

Faut-il avoir peur d’aimer les robots ?

22 Janvier 2016, 06:58am

Publié par Louis Lacaze dit Papi

Faut-il avoir peur d’aimer les robots ?

La presse présente régulièrement les robots sous un jour sympathique avec toutefois une inquiétude, particulièrement lorsqu’ils occupent les fonctions d’un aidant auprès de personnes âgées, jouissent de la même considération et acceptent les conversations.

Serge Tisseron, psychanalyste, auteur de l’ouvrage « le jour où mon robot m’aimera, vers l’empathie artificielle », rappelle que cet attachement pour les objets n’a rien d’une tendance nouvelle. Nous pouvons nous retrouver sentimentalement attachés à un objet qui, aux yeux d’un proche, n’est qu’une vieillerie. Nous pouvons tomber amoureux d’un robot. Il simulera tellement bien que certains seront parfois persuadés qu’il existe des sentiments réciproques.

Est-il dangereux d’aimer les robots ?

Serge Tisseron nous met en garde. Nous risquons d’avoir envie de ne fréquenter que des personnes aussi peu contrariantes, aussi prévisibles et compréhensives que les robots et par conséquent nous couper de la vraie vie. Mais il voit aussi des aspects positifs à cet attachement sentimental. Le robot permettra de lutter contre la solitude, mal qui guette nombre de personnes âgées.

Pour Astrid Rosenthal-von der Pütten, chercheuse à l’université de Duisburg-Essen, le robot pourra aussi présenter un intérêt thérapeutique : employé à la rééducation d’un patient, il pourra apporter une certaine empathie qui permettra la création d’une complicité patient-soignant, gage d’efficacité.

Pour Serge Tisseron nous devons «placer non seulement l’humain, mais le collectif, au centre du développement des robots, et concevoir des machines qui ne soient des interfaces de communication avec soi-même que pour favoriser la communication avec les autres ».

Sources

Le jour où mon robot m’aimera (Albin Michel) par Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste

Des entretiens avec Serge Tisseron :

Serge Tisseron, «Avec les robots, certains risquent de perdre le goût de l’humain»

http://www.20minutes.fr/sciences/1686367-20150916-serge-tisseron-psychiatre-robots-certains-risquent-perdre-gout-humain

Le robot, l’homme, et son obscur désir pour l’objet

http://www.cuberevue.com/le-robot-lhomme-et-son-obscur-desir-pour-lobjet/2675

Voulons-nous des robots esclaves ou des robots miroirs ?

http://www.sergetisseron.com/blog/voulons-nous-des-robots-esclaves

et aussi :

Astrid Rosenthal-von der Pütten : nombreux travaux référencés sur Google.