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GérontoLiberté

Articles avec #alzheimer

Démence et mensonge. Où est la ligne rouge ?

3 Mars 2017, 06:24am

Publié par Louis Lacaze

Démence et mensonge. Où est la ligne rouge ?

La vieille dame, âgée de 90 ans, veuve, atteinte de la maladie d’Alzheimer, exige de pouvoir aller à la rencontre de son mari en retard. Si on lui dit qu’il est mort, elle est submergée de chagrin. L’infirmière lui dit que son mari est en retard et tente de la distraire.

Tous les soignants et accompagnants de personnes atteintes de démence ont rencontré des situations identiques et se sont interrogés sur le bien-fondé de l’utilisation de mensonges, soit énoncés verbalement, soit relevant de la rétention d’information.

Pour certains, «le mensonge thérapeutique» peut se justifier s’il peut combattre l’anxiété, l’agitation du patient, lui permettre d’accéder à un certain état de bien-être. Sa dignité est respectée puisqu’il n’est plus en état de distinguer le vrai du faux. Un mensonge thérapeutique ne vise pas à exploiter le patient mais à le soulager. Il serait contestable s’il ne visait qu’à simplifier la vie de l’aidant sans apporter quoi que ce soit de positif au patient.

Pour d’autres, toute forme de mensonge est à proscrire. Kant est cité, pour qui le mensonge, fondamentalement répréhensible, est à la source du mal. Mentir revient à agresser la personne à qui vous parlez, à nier son autonomie. Donc mentir à une personne même démente, revient à nier qu’elle reste un être humain dont on doit respecter la dignité. La priver de cette dignité lui fait courir le risque de ne plus recevoir que des soins de second ordre.

En pratique on peut noter que la plupart des aidants éprouvent de la gêne à mentir à leurs proches avec qui ils ont établi depuis des années une relation basée sur le respect, l’amour, la confiance. Puis devant les cas de démence avancée ils acceptent “d’adapter” la vérité, pour soulager une personne qui souffre, calmer son anxiété, et en même temps se protéger de la dépression et de l’épuisement qui les guette.

Une équipe de chercheurs dirigée par le Dr James propose une série de recommandations dont voici l’essentiel :

1 – On ne peut mentir que dans l’intérêt du patient avec l’intention de lui apporter un soulagement.

2 – Tous les intervenants doivent s’accorder sur un mensonge. Ce mensonge sera ensuite repris par tous.

3 – Chaque cas est particulier. Les avantages et les inconvénients d’un mensonge devront être pesés pour chaque situation.

4 – Les familles et l’administration devront être informées pour apporter une certaine protection juridique aux soignants.

5- Les cas où le recours à des mensonges ne peut s’envisager doivent être définis.

6 – Le mensonge ne devra en aucun cas conduire à un manque de respect du patient, à une diminution de la qualité des soins.

7 – Le personnel soignant devra recevoir une formation spécifique lui indiquant les problèmes potentiels susceptibles d’accompagner un mensonge ainsi que les stratégies alternatives et les cas où le recours au mensonge est formellement déconseillé.

Sources

I. A., Wood-Mitchell, A., Waterworth, A.M., MacKenzie, L.E. and Cunningham, J. (2006) Lying to people with dementia: developing ethical guidelines for care settings. International Journal of Geriatric Psychiatry, 21, 800-801

Tony McElveen qui a consulté 335 articles sur le sujet et fait la synthèse des 38 principaux.

Tony McElveen, ST5 Old Age Psychiatry, NHS Greater Glasgow and Clyde :

et sur le même sujet le bref résumé d’une autre étude publiée par Pubmed :

Dr M Schermer

Anesthésie générale et maladie d’Alzheimer : où en sommes-nous ?

11 Février 2017, 09:46am

Publié par Bernard Pradines

Mise à jour le 3 janvier 2017 de l'article paru le 29 janvier 2015 sur ce blog.

Image issue du site suivant : http://tinyurl.com/kuxrjeo

Image issue du site suivant : http://tinyurl.com/kuxrjeo

Comme médecin anesthésiste-réanimateur (avant d’être gériatre), la question me fut souvent posée par les familles de la relation entre l'anesthésie générale (AG) et le déclenchement de la maladie d’Alzheimer (MA).

L’AG serait-elle causale, déclenchante, révélatrice ou aggravante ? Le constat actuel penche pour la participation de l’AG aux deux dernières hypothèses.

En effet, il existe une suspicion, sans preuve, du rôle néfaste de l’AG à cause d’une symptomatologie postopératoire fréquente chez les personnes âgées : syndrome confusionnel, dysfonction cognitive persistante, aggravation d’une pathologie démentielle telle que la MA. Les opérateurs et les familles peuvent être tentés d’incriminer cette modalité d’anesthésie.

En fait, il est difficile de faire la part de l’AG et d’autres éléments tels que la pathologie ayant nécessité l'intervention, la lourdeur de cette dernière, les complications postopératoires, le stress, l’inflammation ou même la simple hospitalisation. Tous les facteurs agressant le cerveau en période périopératoire sont suspects d’entrainer des conséquences cognitives négatives.

Surtout, un syndrome confusionnel postopératoire est susceptible de révéler un état cognitif préopératoire déjà altéré, éventuellement négligé. Plus intéressant encore serait une détérioration préalable encore inaccessible aux tests communément pratiqués pour les diagnostiquer.

Les connaissances ont récemment progressé dans la compréhension d’un élément spécifique : l’hyperphosphorylation de tau sous l’influence de l’AG. Toutefois, l’hypothermie (refroidissement) si fréquente sous AG serait la principale responsable de cette modification. De plus, ces études instructives n’ont été menées que chez la souris. Par ailleurs, un anesthésique volatil courant en 2016 est suspect de favoriser un mécanisme récemment incriminé dans les troubles cognitifs légers : la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique.

Bien qu’elles aient déjà progressé en ce sens, de futures études sont attendues. Elles devront inclure un échantillon suffisant, évaluer la cognition préopératoire, utiliser des tests neuropsychologiques standardisés à la fois pour la série de patients sous AG et pour la série témoin (sans AG), utiliser les biomarqueurs et la neuroimagerie pour déterminer la charge amyloïde et les anomalies de tau désormais objectivables in vivo.

 

En somme, dans l’attente d’études bien conduites à la lumière des progrès récents en matière de démences, si l’on ne peut pas se passer d’une AG, celle-ci doit être pratiquée car un risque plus important est lié à la pathologie en cours. Mieux, l’exemple de la reperméabilisation coronaire est instructif du fait d’une amélioration cognitive fréquente en période postopératoire. Le recours à une anesthésie loco-régionale peut être envisagé dans les seules situations qui la permettent. Toutefois, son éventuelle relation avec la MA n’a pas été explorée et la fréquence des syndromes confusionnels semble élevée sous cette modalité anesthésique. A mon avis, il ne faut pas négliger le stress représenté par le fait d’être conscient sur la table d’opération, surtout chez un patient souffrant de troubles cognitifs. Dans tous les cas, tous les facteurs multiples favorisant un état confusionnel seront recherchés et corrigés ainsi que l’hypothermie. Un suivi périopératoire pluridisciplinaire est souhaitable et devrait se généraliser incluant une meilleure coopération entre gériatres, neurologues, anesthésistes et chirurgiens dès la période préopératoire. Tout syndrome confusionnel postopératoire devrait entrainer une « consultation mémoire » à distance afin de vérifier l’absence de dysfonction cognitive à long terme.

Pour en savoir davantage :

Un éditorial plus détaillé sur ce même sujet paraîtra sous ma plume dans le numéro 97 de Neurologie-Psychiatrie-Gériatrie (Janvier-Février 2017) .