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GérontoLiberté

Articles avec #douleurs

Douleur et « virage ambulatoire »

24 Mars 2017, 06:51am

Publié par Bernard Pradines

Douleur et « virage ambulatoire »

La pratique de l’écriture s’est généralisée dans notre pays. Les soignants de toutes professions écrivent de plus en plus sur papier et surtout sur ordinateur. Ceci se justifie par la nécessité  d’assurer une transmission de qualité et une traçabilité qui permettra surtout d’étudier un dossier et d’en rendre compte en cas de litige. D’où une charge de travail accrue et une présence moindre auprès des patients.

Pourtant, certaines pratiques échappent à cette considération. Je voudrais ici en citer une dont j’ai été témoin.

Un patient se plaint de douleurs en salle dite « de réveil » après une intervention chirurgicale. Il lui est immédiatement administré un opioïde, à savoir de la morphine injectable. Plus tard, le patient se plaint à nouveau bien que ses cris aient cessé. Malgré le délai écoulé depuis l’injection, il lui est objecté qu’il ne pourra pas sortir de l’établissement au cours de l’après-midi comme prévu si l’on continue à lui administrer cet opioïde.

Autrement dit, c’est la disposition administrative qui prévaut et non la lutte contre la douleur chez ce patient.

Ethique, où es-tu ?

Injustice et douleur

6 Janvier 2017, 06:27am

Publié par Bernard Pradines

Injustice et douleur

La dimension subjective de la douleur est souvent sous-estimée chez la personne âgée comme chez les sujets plus jeunes. C’est pourquoi les résultats de l’étude publiée par Martel (Martel et al, 2016) méritent attention.

Pour ces auteurs, devant la douleur, l’injustice perçue est définie par l’évaluation de la gravité et de l’incurabilité de la perte associée à la douleur, à la culpabilité et à une sensation d’iniquité. Toutefois, les mécanismes par lesquels cette perception conduit à l’incapacité ne sont pas bien compris. L’étude publiée vise à préciser la relation entre l’injustice perçue et les conséquences de la douleur chronique (intensité de la douleur, incapacité liée à la douleur et détresse psychologique).

Il existerait un lien direct entre le sentiment d’injustice d’une part et l’intensité de la douleur, l’incapacité et la détresse psychologique d’autre part.

Commentaires : comme toujours, il convient de s’interroger sur les liens de causalité (quelle est la cause et quel est l’effet?). Autrement dit, le sentiment d’injustice, si fréquent dans ces situations au grand âge, pourrait-il en lui-même aggraver les conséquences de la douleur chronique ? Si tel était le cas, la recherche de ce sentiment serait importante pour la qualité de l’accompagnement. 

Pourtant l’interrogation pourrait et devrait aller plus loin : s’il s’agit parfois d’un sentiment de justice, c’est-à-dire de punition méritée, le sujet ne trouverait-il pas là un sens à l’absurdité de sa douleur ?

Source :

Martel ME, Dionne F, Scott W. The Mediating Role of Pain Acceptance in the Relation Between Perceived Injustice and Chronic Pain Outcomes in a Community Sample. Clin J Pain. 2016 Aug 12

Une observation à lire : introduction à la complexité

12 Février 2016, 06:20am

Publié par Bernard Pradines

Maltraitance : lu au premier degré, le texte en lien ci-dessus nous pousserait à une révolte sans nuance. Une colère justifiée par les défauts d’une prise en charge qui laissait pour le moins à désirer. On retrouve les plaies (sans jeu de mot) de la gériatrie : manque de considération pour les plaintes douloureuses des personnes âgées, absence de diagnostic précoce d’une affection douloureuse traitée de manière inadéquate, manque de personnel pour prévenir les plaies de pression, « filière » dont la fluidité peut être questionnée.

Pourtant, on peut demeurer sur sa faim devant une telle description.

Quelques questions parmi d’autres. Qui a écrit ce texte ? Je veux dire : quel est le degré de parenté avec la personne concernée ? Ceci peut colorer grandement la tonalité affective et même descriptive d’une telle appréciation. Nous n’avons ici qu’un seul son de cloche.

Quels étaient les diagnostics des affections chroniques préalables ? « Il avait quatre-vingt-neuf ans et était désorienté et confus depuis quelques temps ». Pourquoi ? Quels diagnostics pour l’état confusionnel persistant ? L’auteure du texte nous décrit un « choc sur une colonne fragilisée par l'arthrose ». Voici un diagnostic étiologique flou mais intéressant. En a-t-il été fait état auprès des soignants ?

Au moins, nous pouvons heureusement constater que l’âge ne suffit plus, dans ce texte comme ailleurs, à expliquer toutes les misères de la vieillesse. Vaste défi qui départage les maladies (on peut faire quelque chose) et la vieillesse (on n’y peut rien). Pour les proches, la frontière peut être fine entre un vécu d’acharnement thérapeutique et celui d’abandon thérapeutique.

Enfin, l’emploi du mot « maltraitance » se retrouve une nouvelle fois ubiquitaire, signe d’un temps où tout serait violence, au risque de ne plus savoir qualifier celle-ci quand elle aura lieu.