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GérontoLiberté

Articles avec #geriatrie

Appel de Médecins Sans Frontières au secours des EHPAD

13 Novembre 2020, 06:29am

Publié par Bernard Pradines

Sommes-nous égaux face à la douleur de nos semblables ?

25 Septembre 2020, 05:14am

Publié par Bernard Pradines

Images extraites de la publications : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6870998/ (Han et al, 2020)
Images extraites de la publications : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6870998/ (Han et al, 2020)

Images extraites de la publications : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6870998/ (Han et al, 2020)

L’étude de l’empathie à la douleur passe désormais par l’imagerie cérébrale de ceux à qui on présente l’image d’une personne souffrante. Pour les soignants, ces résultats doivent encourager à l’écoute et à l’interdisciplinarité lors la détection et de l’évaluation de la douleur.

C'est ce que nous suggère déjà l'étude d’Osborn publiée en 2009 (Osborn et al, 2009). Des images ou de courts clips montrant des situations douloureuses sont présentés à des sujets non douloureux. Approximativement un tiers d'entre eux font état d'une authentique expérience douloureuse lors du visionnement de ces scènes. Parmi les « répondeurs », dix d'entre eux sont comparés à dix « non-répondeurs » dans une étude avec IRM encéphalique. On présente alors à tous les sujets des images fixes de situations douloureuses. Les répondeurs activent des aires cérébrales en relation avec les sensations et les émotions éprouvées lors d'une expérience douloureuse. Ceci contraste avec les non-répondeurs qui activent très peu ces zones.

Cette étude est fort instructive quant aux disparités observées lors de l'hétéroévaluation de la douleur chez la personne âgée non verbalisante. 

La subjectivité de l'observateur est un élément majeur de l'appréciation clinique. Ces constats demandent encore à être précisés. Mais il est troublant de constater que des marqueurs d’imagerie encéphalique d’empathie à la douleur peuvent être différents selon un critère aussi trivial que l’attractivité du visage (Kopis et al, 2020). Tremblay retrouve aussi des variations interindividuelles face à des représentations faciales de douleur (Tremblay et al, 2020). Autre exemple, une relation entre empathie à la douleur d’autrui et le fait d’être un consommateur excessif d’alcool a été mise en évidence par Rae (Rae et al, 2020). L’épilepsie essentielle pourrait aussi jouer un rôle (Jiang et al, 2020) négatif sur l’empathie à la douleur.

Ainsi, les résultats de diverses études récentes sont troublants et pourraient nous aider, encore timidement, à comprendre pourquoi nous n’avons pas tous la même aptitude à ressentir la douleur d’autrui. Ceci aura des conséquences philosophiques, anthropologiques  et psychologiques considérables. Pour les soignants, c’est la modestie individuelle qui est au rendez-vous du travail en équipe et de l’écoute des autres témoins de la personne douloureuse.

Références :

  • Osborn J, Derbyshire SW. Pain sensation evoked by observing injury in others. Pain. 2010;148(2):268-274. doi:10.1016/j.pain.2009.11.007
  • Kopiś N, Francuz P, Zabielska-Mendyk E, Augustynowicz P. Feeling Other People's Pain: An Event-Related Potential Study on Facial Attractiveness and Emotional Empathy. Adv Cogn Psychol. 2020;16(2):169-175. Published 2020 May 29. doi:10.5709/acp-0294-8
  • Tremblay MB, Marcoux A, Turcotte V, et al. I Can But I Shall Not Always Be Empathic [published online ahead of print, 2020 Aug 5]. Psychol Rep. 2020;33294120945180. doi:10.1177/0033294120945180
  • Rae CL, Gierski F, Smith KW, et al. Differential brain responses for perception of pain during empathic response in binge drinkers compared to non-binge drinkers. Neuroimage Clin. 2020;27:102322. doi:10.1016/j.nicl.2020.102322
  • Jiang Y, Zhu M, Yu F, Wang K. Impaired empathy in patients with idiopathic generalized epilepsy: An event-related potentials study [published online ahead of print, 2020 Jul 18]. Epilepsy Behav. 2020;111:107274. doi:10.1016/j.yebeh.2020.107274
  • Images :  Han S, Fan Y, Xu X, et al. Empathic neural responses to others' pain are modulated by emotional contexts. Hum Brain Mapp. 2009;30(10):3227-3237. doi:10.1002/hbm.20742

 

 

Naomi Feil s’est-elle trompée ?

1 Septembre 2020, 05:52am

Publié par Bernard Pradines

Naomi Feil s’est-elle trompée ?

Extrait : 

"Voici ce qui me fâche : les émotions douloureuses et les comportements qui en découlent trouveraient d’abord leur origine dans des problématiques anciennes non résolues. Autrement dit, le stéréotype d’une vieillesse sereine succédant à une vie dont on aurait tiré les leçons serait la référence. Ceux qui présentent une démence et des troubles du comportement, régressifs ou non, n’auraient pas encore tiré les leçons de leur vie du fait d’éléments qui n’ont pas encore été portés à la conscience, écoutés et acceptés."

Texte complet :

Par ces temps de déboulonnage contesté des statues, j’avance à pas feutrés sur le chemin d’une grande dame dont le site Internet français qui s’en inspire nous explique à juste titre que sa parole planétaire a contribué à « maintenir la communication avec les grands vieillards désorientés afin de les accompagner dans une relation respectueuse de leur identité tout en reconnaissant dans leur comportement, la manifestation de leur besoin d’exister en tant qu’individu et d’être entendus.» [1]

L’objectif est noble et le cœur de la démarche ne peut être qu’approuvé par un ancien gériatre de soins de longue durée. Poursuivons : « Nul doute que la technique dite de la Validation est un grand progrès en homologuant, justement, la parole, les sentiments et les comportements de celles et de ceux qui sont devenus incompréhensibles au commun des mortels. De celles et de ceux qui nous sont devenus étrangers si nous n’avons pas coutume de les côtoyer et de les accompagner. »

Plus loin : « En accompagnant l’expression des émotions et peut-être la résolution d’anciens conflits de la personne âgée, l’aidant s’efforce de réduire les risques de contention physique ou chimique, de repli sur soi et d’évolution vers l’état végétatif, pour lui permettre de continuer à s’inscrire dans une vie qui a un sens. »

Nous voici au cœur de mes interrogations. Doit-on laisser entrevoir que le repli sur soi et l’évolution vers « l’état végétatif », tous deux consubstantiels des états démentiels, sont liés à l’absence de résolution d’anciens conflits ?

Dès la page 32 de son ouvrage le plus connu[2], Naomi Feil plaide pour une théorie de la « Résolution » en concluant l’observation d’une fin de vie peu enviable, celle d’Isidore Rose : « Alors ces grands vieillards essaient de renouer les fils perdus des émotions de toute une vie. Dans leur très grand âge, ils se trouvent face à des tâches qu’ils auraient dû affronter des années auparavant. »

Voici ce qui me fâche : les émotions douloureuses et les comportements qui en découlent trouveraient d’abord leur origine dans des problématiques anciennes non résolues. Autrement dit, le stéréotype d’une vieillesse sereine succédant à une vie dont on aurait tiré les leçons serait la référence. Ceux qui présentent une démence et des troubles du comportement, régressifs ou non, n’auraient pas encore tiré les leçons de leur vie du fait d’éléments qui n’ont pas encore été portés à la conscience, écoutés et acceptés. Une solution confondant l’écoute bienveillante et la psychanalyse ?

Une sorte de chemin entravé vers une comparution candide lors du Jugement Dernier.

Pour ma part je suis très réservé sur cet aspect de la théorie de Naomi Feil. Je pense qu’il faut la lire dans un autre sens. Nous sommes tous, à cet âge-là, à l’heure du bilan de notre vie. Celui-ci n’est jamais totalement glorieux ni honteux mais toujours ambivalent, d’intensité variable. Ce que permet la démence[3], c’est l’expression de cette problématique non résolue, toujours antagonique, parfois envahissante. Autrement dit, loin de donner du sens et des solutions ou résolutions à la démence en cherchant les problématiques personnelles non dénouées, il faudrait apercevoir ce que cette pathologie permet ou interdit en termes d’élaboration, de communication du bilan, voire de l’impossibilité de l’effectuer. Pour continuer à filer la métaphore religieuse, une sorte d’incapacité à formuler une confession digne d’absolution afin de partir en paix avec soi-même et avec autrui.

Loin de moi le procès d’intention. Qui pourrait penser que Naomi Feil propose une théorie et surtout une pratique qui pourraient être un tant soit peu défavorable aux personnes âgées vulnérables ?

Pourtant, le danger pointe son nez : le dément et en général celui qui vieillit mal est-il celui qui n’a pas réglé ses problèmes et qui aurait dû le faire ? Il aurait tout faux. Le non-dément serein, lui, représenterait une fois de plus celui qui nous rassure. Il est des nôtres. Et l’autre ?

 

Source :

https://www.amazon.fr/Validation-mode-demploi-%C3%A9l%C3%A9mentaires-communication/dp/2907516965/ref=sr_1_7?dchild=1&keywords=naomi+feil&qid=1594623958&sr=8-7

 

[2] Validation mode d'emploi: Techniques élémentaires de communication avec les personnes atteintes de démence sénile de type Alzheimer. (Français) Broché – 15 janvier 2005

 

[3] Démence : mot dont l’étymologie latine est mens,tis dont le premier sens est : « fonctions intellectuelles » (Gaffiot, 1934). La connotation péjorative de ce terme n’a pas permis d’en trouver un autre plus adapté. Par exemple, une maladie neuro-évolutive ne rend pas compte de la détérioration des fonctions intellectuelles qui peut en faire partie sans en être constitutive. Elle peut aussi être absente.