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GérontoLiberté

Articles avec #hopital

Personnes âgées : propositions pour le monde d’après. Premier thème : la concurrence

16 Octobre 2020, 05:07am

Publié par Bernard Pradines

Personnes âgées : propositions pour le monde d’après.  Premier thème : la concurrence

Extrait :

« La concurrence entraîne des conflits d’intérêts divergents qui appauvrissent ou interdisent une attitude réaliste et constructive face aux défis du temps comme les épidémies et les autres problèmes du quotidien.

... ce sont l’entente, la coopération, l’interdisciplinarité, l’ouverture d’esprit, la curiosité scientifique, la tolérance, le sens du débat même s’il est vif, qui servent l’intérêt de la personne âgée vulnérable. »

Il ne suffit pas de clamer l’indispensable travail d’équipe en matière de soins, de vanter les filières ou le parcours fluidifié.  Il faut comprendre les ressorts des discordes délétères qui peuvent opposer deux services, deux établissements, deux professions ; un champ vierge d’investigation masqué par des considérations morales désolées et inopérantes : « nous avons les mêmes buts. Nous devrions nous entendre dans l’intérêt des patients âgés ! »

Pour ma part, j’aperçois deux aspects proches et liés : la concurrence et le corporatisme. J’aborderai ici le premier thème, je laisserai le second pour un texte ultérieur.

La concurrence s’entend selon le Larousse[1] d’abord comme une compétition, une rivalité d'intérêts entre plusieurs personnes qui poursuivent un même but. C’est aussi « la structure d'un marché qui se caractérise par une pluralité d'entreprises en compétition les unes par rapport aux autres pour bénéficier de la préférence des consommateurs. »

La concurrence est souvent présentée comme un stimulus décisif dans l’économie générale. Elle est assimilée au progrès en obligeant le producteur à répondre au mieux à la demande du consommateur. Celui qui ne peut pas offrir le même rapport qualité/prix est condamné à évoluer sous peine de dépérir. Vaincre ou mourir.

Pourtant, une question vient à l’esprit pour notre propos : la concurrence en matière de marchandises est-elle bénéfique dans le domaine de l’accompagnement humain des personnes vulnérables ?

Un des effets de la concurrence est la discrétion sur les défauts de la prestation. A l’inverse, elle s’accompagne de publicité sur les aspects positifs. Il suffit de regarder le « papier glacé » des grands groupes d’établissements pour s’en convaincre. Hors, la discrétion, la réserve, le secret, l’étalage de qualités réelles ou supposées,  sont incompatibles avec les échanges ouverts autour des difficultés rencontrées. Le devoir de réserve sur les aspects négatifs empêche la concertation fructueuse des acteurs du secteur, ici celui les personnes âgées. L’implication participative réelle des familles et des bénévoles, la démocratie sanitaire résistent mal à cet état d’esprit.

La concurrence entraîne des conflits d’intérêts divergents qui appauvrissent ou interdisent une attitude réaliste et constructive face aux défis du temps comme les épidémies et les autres problèmes du quotidien.

Pourtant, même sans concurrence, l’émulation est toujours présente, fondée sur le désir de mieux faire qu’autrui dans sa profession ou son bénévolat ou même dans sa vie privée[2]. Chacun sait que l’émulation est au rendez-vous, même sans concurrence de type marchand.

Ainsi, doit-on mettre en concurrence des projets différents d’hébergement par exemple ? Entre deux structures, deux services, deux établissements. Mauvais calcul. Ma réponse est : non !

Si j’en crois mon expérience, ce sont l’entente, la coopération, l’interdisciplinarité, l’ouverture d’esprit, la curiosité scientifique, la tolérance, le sens du débat même s’il est vif, qui servent l’intérêt de la personne âgée vulnérable.


[2] Selon Larousse, sens commun : sentiment qui pousse à faire aussi bien ou mieux qu'un ou plusieurs autres dans diverses activités ; rivalité conçue comme une incitation au travail : Émulation en classe. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9mulation/29029

 

Statistiques et cas Coronavirus COVID-19 France

6 Mai 2020, 08:14am

Publié par Bernard Pradines

Possibilité de choisir sa région et  son département :

Tri : de la théorie à la pratique

1 Mai 2020, 09:53am

Publié par Bernard Pradines

Tri : de la théorie à la pratique

par Bernard Pradines, ancien anesthésiste-réanimateur, ancien gériatre, diplômé de médecine de catastrophe (Créteil - Henri Mondor)

De nombreuses publications font état d’un tri des patients âgés à l’entrée en réanimation en cette période de covid-19.

De multiples notions sont brassées par des personnes compétentes, d’autres moins.

Cette compétence n’est pas innée. Elle repose sur la connaissance de la loi, en particulier la dernière en date, celle dite Claeys-Léonetti du 2 février 2016, ses deux décrets du 2 août 2016 (1 et 2) et l’arrêté de la même date. 

Surtout, elle fait appel à l’expérience concrète de ces situations en temps ordinaire et aux nombreux témoignages de professionnels par ces temps actuels de crise.

Pour faire au plus court :

Refuser une personne âgée en réanimation en temps ordinaire relève en principe du refus de l’acharnement thérapeutique autrement qualifié d’obstination déraisonnable. A noter toutefois qu’un refus suppose une proposition. Autrement dit, c’est un médecin qui contacte un médecin pour lui proposer un patient dont il pense qu’il relève de la réanimation. C’est un médecin de réanimation qui répond au médecin demandeur que le patient ne relève pas de la réanimation en lui fournissant plus ou moins d’arguments.

Refuser une personne âgée en temps de crise sanitaire peut relever de la démarche décrite ci-dessus ou bien d’un tri classique en temps de catastrophe. Nous avons déjà développé cet aspect dans ce blog (3456) . De nombreux témoignages de terrain, incontestables, désormais rapidement accessibles grâce aux moyens modernes de communication, corroborent un constat de refus fondé sur l’absence de possibilité logistique.

Les classiques démarches légales évoquées doivent être relativisées : les procédures collégiales sont difficiles à mettre en œuvre voire impossibles dans un contexte d’urgence et d’afflux massif de victimes. Les directives anticipées sont encore peu nombreuses dans notre pays. Le plus souvent, elles ne sont pas assez précises pour répondre aux situations concrètes exigeant une attitude immédiate. La personne de confiance, un peu moins boudée, a pu être consultée. Seul un bilan qui reste à effectuer nous indiquera l’ampleur des phénomènes décrits ci-dessus.

Bien sûr, les grands mots sont au rendez-vous : l’euthanasie refait son apparition, confondue avec le refus de soin vital et surtout avec la sédation utilisée en soins palliatifs.

De nombreux procès auront lieu. Il faudra beaucoup de temps pour évaluer ce que les professionnels qualifient de pertes de chance en France et ailleurs. Il est normal en démocratie que le débat puisse s’instaurer dès maintenant autour de certains manquements graves à l’obligation de soins.