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GérontoLiberté

Formation des étudiants : art et démence

31 Mars 2016, 05:10am

Publié par Louis Lacaze

Formation des étudiants : art et démence

Un nombre non négligeable d’étudiants en médecine ont une perception négative et déprimante des cas de maladie d’Alzheimer et de pathologies apparentées. La communication avec ces patients réclame du temps, une grande disponibilité. Les soins ne conduisent pas à la guérison, ils accompagnent seulement le déclin qui conduit inéluctablement au décès.

Une étude récente a cherché à mesurer si la perception des étudiants en médecine de quatrième année en contact avec des personnes atteintes de démence pouvait s‘améliorer en les éloignant d’un contexte purement clinique pour les faire participer à des activités artistiques créatives.

Au cours de chaque séance, les participants – étudiants et malades – ont observé une image et ont donné libre cours à leur imagination selon la technique du « storytelling » (littéralement, « action de raconter une histoire »). Tous, à tour de rôle, ont  rempli les fonctions d’animateur en cas de panne d’imagination, ou bien proposé leurs idées personnelles, ou noté par écrit l’expression de chacun pour aboutir au final à un ensemble certes décousu mais qui reflétait les diverses personnalités, expériences, particularités de chacun.

Les résultats ont montré qu’une activité artistique créatrice pouvait améliorer la condition des malades et donner aux étudiants une meilleure perception des patients atteints de démence. Les auteurs de l’étude suggèrent que ces résultats encourageants soient mis à profit par le personnel soignant, que des recherches soient lancées avec un nombre supérieur de participants et  qu’elles conduisent ainsi davantage d’étudiants vers la gériatrie.

Source :

Daniel R. George, PhD, MSc, Heather L. Stuckey, DEd, MEd, and Megan M. Whitehead, MSW. An Arts-Based Intervention at a Nursing Home to Improve Medical Students’ Attitudes Toward Persons With Dementia

 https://www.academia.edu/12629412/An_Arts-Based_Intervention_at_a_Nursing_Home_to_Improve_Medical_Students_Attitudes_Toward_Persons_With_Dementia  

Les thérapies relationnelles (4/4)

29 Mars 2016, 05:42am

Publié par Bernard Pradines

La satisfaction des aidants, le plus souvent des aidantes, me semble tenir pour une part à la décharge temporaire représentée par toute activité qui, assistée par un tiers, allège le poids de leur contrainte. Le fait que l’on s’occupe un peu de leur parent n’est généralement pas pour leur déplaire dans la mesure où leur culpabilité est quelque peu apaisée : elles n’ont pas laissé leur proche à ce qui est trop souvent vécu comme un abandon. De plus, elles peuvent aussi elles-mêmes bénéficier de telles activités qui apportent une flamme de joie dans la difficulté d’une vie devenue parfois sacrificielle.

La crainte de l’infantilisation doit être évoquée car souvent citée. Elle est à mes yeux d’abord une peur de notre propre devenir de bien-portants. Pourtant, si des clowns procurent de la gaieté à mon père très âgé, peu importe que celui-ci ait éprouvé fortement ce sentiment lors de son enfance ; l’essentiel est qu’il y trouve du bonheur. Accepter le plaisir de son parent en difficulté, c’est aussi faire preuve des sentiments les plus hauts dans nos valeurs altruistes. Après tout, la vie entière n’est-elle pas jalonnée de cet écart entre nos attentes vis-à-vis de nos proches et la réalité de leurs sentiments et comportements ? La maladie d’Alzheimer et les pathologies apparentées ne pourraient-elles pas être cet instant de vérité où le bien-être de notre parent deviendrait le nôtre sans restriction sur le moyen utilisé. Une occasion inédite de nous retrouver. Ainsi, dans son intérêt, nous saurions faire taire l’image d’adulte sain que nous voulons conserver de notre mère ou de notre père, notre grand-mère ou de notre grand-père ou encore de notre conjointe ?

En conclusion, nous devrions sans attendre développer les thérapies relationnelles  à domicile et dans nos établissements. Si les activités proposées sont effectuées avec plaisir, voire avec une gaité communicative, elles offrent la plus belle image de l’humanité. Elles permettent d’espérer au-delà de nos simples existences.

 

Les thérapies relationnelles (3/4)

25 Mars 2016, 06:40am

Publié par Bernard Pradines

Lors de la maladie d’Alzheimer, au-delà des dimensions cognitives et motivationnelles défectueuses, l’affectivité est souvent non seulement intacte mais éventuellement accrue.

Mon hypothèse : ce serait bien le plaisir d’être ensemble qui est communicatif, quelle que soit la technique utilisée. Je postule que ce serait surtout ce qui passionne celle ou celui qui propose une activité qu’elle ou il affectionne, qu’elle ou il souhaite partager, qui permet de se retrouver ensemble de manière plaisante. Cette rencontre agréable serait le premier facteur explicatif de l’ubiquité [1] des satisfactions recueillies. Dans cette rupture du lien que crée la maladie, étymologiquement cette aliénation, tout rapprochement interindividuel n’est-il pas en soi thérapeutique ? Des travaux d’imagerie tendent à démontrer la réactivité cérébrale à la musique et même un remodelage de cet organe [2]. Au-delà des hypothèses neurobiologiques sur les effets de la musique je suspecte donc que c’est le plaisir d’être ensemble qui est perçu par le malade au travers de l’évocation de tel ou tel sujet ou de la participation à telle ou telle activité. Une félicité en contraste et en rupture avec la gêne qui éloigne les amis et parfois les proches, un embarras qui questionne même les soignants les plus expérimentés. Pour employer un néologisme, nous voici dans une sorte de ré-affiliation dans le contexte d’une maladie qui dérange, isole et exclut.

Ainsi, au cours de ma carrière, ai-je vus les objectifs évoluer : limités au début à des soins dits de nursing, c’est-à-dire à nourrir et laver avec une qualité relationnelle facultative, ils eurent ensuite l’ambition d’une inaccessible amélioration durable des capacités cognitives puis de la préservation de la qualité de vie du malade et des aidants. Ce dernier stade conceptuel est à présent en voie d’être complété par la recherche du plaisir de la personne malade et de son entourage dans cette période souvent si difficile de leur vie. A suivre …

 

[1] Ubiquité. Définition du dictionnaire Larousse : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ubiquit%C3%A9/80421

[2] Par exemple : Altenmüller E, Schlaug G. Apollo's gift: new aspects of neurologic music

therapy. Prog Brain Res. 2015;217:237-52. doi: 10.1016/bs.pbr.2014.11.029. Epub

2015 Feb 11. Review.