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GérontoLiberté

Prothèses auditives et démences

30 Août 2019, 05:34am

Publié par Louis Lacaze et Bernard Pradines  

Prothèses auditives et démences

Dix pour cent des adultes de 40 à 69 ans présentent des problèmes auditifs, la proportion s’élève de 70 à 80% chez les seniors de 85 ans et au-delà. Seulement une personne déficiente auditive sur 7 utilise régulièrement une prothèse auditive.

 

Deux théories avancent une explication à l’origine des cas de démence : ils seraient une conséquence logique du vieillissement qui s’accompagne d’une dégénérescence du système nerveux central. Les prothèses auditives ne pourraient donc pas enrayer la progression de la surdité.

Une deuxième théorie estime qu’avec le vieillissement la fonction auditive est moins stimulée, ce qui entraîne une dégénérescence progressive de l’appareil auditif qui pourrait donc sinon être inversée, ou pour le moins ralentie.

 

Une étude récente (1) qui a suivi 2040 personnes pendant 18 ans a montré que leurs performances mémorielles baissaient moins rapidement dès que les sujets s’équipaient de prothèses auditives et estimé que 9% des cas de démence pouvaient être attribués à un déficit auditif.

 

Les chercheurs pensent qu’une meilleure audition retarde le déclin cognitif, diminue l’importance des symptômes dépressifs, favorise la vie sociale mais reconnaissent les limites de l’étude : 40% des acheteurs d’appareils auditifs ne les portent que rarement ou jamais. Ils suggèrent que la recherche soit approfondie pour mieux cerner cette corrélation entre démence et trouble auditifs.

Le nombre des cas de démences aura augmenté d’environ 57% en 2050 et, s’il n’existe aucun traitement curatif, toutes les mesures de prévention doivent retenir l’attention. Suffisamment d’éléments suggèrent qu’une action énergique soit décidée au plus tôt pour convaincre le public de l’utilité des prothèses auditives, lutter contre les éventuels freins psychologiques pour mettre sur le même plan presbytie et presbyacousie. Les barrières d’ordre financier dissuasives devront naturellement être levées.

 

Commentaires de Bernard Pradines : il va sans dire que le mot « démence » est ici employé dans le sens médical du terme, ce qui signifie son sens étymologique latin. Donc de mens, mentis. Les résultats de l’étude citée sont d’autant plus intéressants qu’ils concernent une population nombreuse américaine de personnes âgées de plus de 50 ans évaluée tous les deux ans.

Les deux théories exposées ci-dessus (dégénérescence du système nerveux central et de l’appareil auditif) ne sont pas contradictoires mais complémentaires et probablement synergiques. Notre conception analytique d’un appareil auditif indépendant du cerveau et simple récepteur de messages sonores est certainement obsolète. Entre entendre et comprendre, il n’y a pas qu’un capteur périphérique et une unité centrale. Les deux forment un tout interactif et interfèrent pour le meilleur et pour le pire. Il en est ainsi des troubles visuels (2), en particulier des conclusions à tirer de la chirurgie pour cataracte (3). En sens opposé des concepts actuels, reste à mieux connaitre le retentissement des maladies neurodégénératives sur la sensorialité ou encore leur dégénérescence combinée simultanée.

En somme, le facteur de risque sensoriel, en particulier auditif prend actuellement de l’importance au vu des études épidémiologiques récentes dans la prévention ou plutôt dans l’atténuation des troubles cognitifs futurs ou présents.

 

Sources :

 

1- Maharani A, Dawes P, Nazroo J, Tampubolon G, Pendleton N; SENSE-Cog WP1 group. Longitudinal Relationship Between Hearing Aid Use and Cognitive Function in Older Americans. J Am Geriatr Soc. 2018 Jul;66(6):1130-1136.

2-    Maharani A, Dawes P, Nazroo J, Tampubolon G, Pendleton N; Sense-Cog WP1 group. Visual and hearing impairments are associated with cognitive decline in older people. Age Ageing. 2018 Jul 1;47(4):575-581.

3-    Maharani A, Dawes P, Nazroo J, Tampubolon G, Pendleton N; SENSE-Cog WP1 group.Cataract surgery and age-related cognitive decline: A 13-year follow-up of the English Longitudinal Study of Ageing. PLoS One. 2018 Oct 11;13(10):e0204833

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Vieillir dans un monde en mutation

27 Août 2019, 05:33am

Publié par Louis Lacaze

Vieillir dans un monde en mutation

Permettre aux seniors de vieillir sans quitter leur domicile est actuellement une priorité pour des raisons financières autant qu’humaines. Ils pourront ainsi conserver une certaine indépendance et rester socialement intégrés dans un milieu qui leur est familier.

En fait, vieillir chez soi ne supprime pas le risque d’exclusion sociale. Des chercheurs ont relevé divers facteurs susceptibles de désorienter une population âgée dans un monde en constante évolution. Alors que des générations plus jeunes s’adaptent plus facilement, un senior aura tendance à passer plus de temps à son domicile, cherchera à conserver davantage de liens affectifs avec un environnement qu’il ne reconnait plus.

 

Le village est devenu un gros bourg. Les générations plus anciennes peuvent se sentir marginalisées avec l’arrivée d’une population nouvelle. Dorénavant, on ferme sa porte à clé, on n’entre plus en conversation avec son voisin, chacun s’isole dans son univers personnel. Cette population inconnue inquiète ; dans les zones urbaines, les seniors peuvent avoir peur de la délinquance et éviter de sortir la nuit tombée.

 

A partir d’un certain âge l’environnement physique peut devenir hostile. Les ornières, les voitures garées sur les trottoirs sont devenues gênantes. Les transports en commun deviennent indispensables mais leur fréquence, les itinéraires desservis, le manque d’amabilité des conducteurs sont souvent évoqués.

 

Si, à une certaine époque, le maire était armé pour apporter des solutions à ces problèmes d’environnement, l’apparition de l’intercommunalité et de divers organismes de gestion locale et régionale a rendu plus complexe la prise de décisions et introduit une compétition entre les différentes communautés. Les seniors se sentent peu représentés par les élus locaux et se considèrent comme exclus socialement.

 

L’exclusion sociale des seniors met en jeu divers éléments complexes qui n’ont pas suffisamment retenu l’attention des décideurs. Les évolutions du milieu et le ressenti d’une indifférence des élus exigent une évolution des mentalités aussi bien qu’une nouvelle pratique de la gestion du quotidien de la communauté. L’importance de l’intégration des seniors à leur environnement doit retenir l’attention de l’ensemble de la société.

 

Source :

Le dernier souffle. La quête d’un accompagnement

23 Août 2019, 05:33am

Publié par Louis Lacaze

Le Dr Martin F. Shapiro, juif non pratiquant, est allé rejoindre d’autres membres de sa famille réunis pour assister aux derniers instants de sa mère dans un hôpital éloigné.

 

La sœur du Martin Shapiro lui a recommandé à son départ de respecter la tradition juive en récitant la prière des morts -le Chema- pour aider l’âme à accomplir son voyage lorsqu’elle quitte le corps au moment du dernier souffle. Il a jugé l’idée saugrenue mais sa sœur a insisté et la famille récitera la prière chaque fois que la respiration de leur mère va cesser pour reprendre puis s’arrêter définitivement.

 

Pour lui, cette prière n’est pas un billet d’entrée au paradis. Pourtant, il a constaté que les membres de la famille n’étaient plus dominés par leurs émotions devant le décès imminent, concentrés sur leurs préoccupations personnelles ou sur les décisions à prendre. Ils consacraient toute leur attention à leur mère qui allait les quitter.

 

De retour dans son service, il dut annoncer aux membres d’une famille juive au chevet de leur père que celui-ci n’avait plus que très peu de temps à vivre, ce qui déclencha une crise de désespoir et de bruyantes lamentations. Il leur suggéra de se réunir autour du mourant, de réciter le Chema et le calme revint dans la chambre.

 

De toute évidence l’élément religieux n’est pas indispensable, une prière ne peut pas être une solution passe-partout. Il est aussi possible de faire appel à différentes cultures qui ont leurs pratiques et leurs rites. Le dernier souffle ne doit pas être un synonyme de désespoir mais l’affirmation d’une cohésion réunissant le mourant, sa famille et ses amis. Pourquoi ne pas avoir recours au chant, à la musique, à des poèmes ? Martin Shapiro cite l’exemple d’une religieuse qui a accompagné les derniers instants d’une mourante en chantant. Les professionnels de la santé, tout en s’abstenant de se montrer directifs, peuvent chercher à s’inspirer à la fois des coutumes, des habitudes de la famille et des prédispositions du patient qu’ils ont pu découvrir au fil des rencontres et des entretiens.

 

Commentaires de Bernard Pradines 

Dans un pays laïque comme le nôtre, l’attitude du Dr Shapiro ne ferait peut-être pas consensus, au moins pour la famille de son patient. En effet, son conseil n’est pas d’ordre médical. Toutefois, la connaissance des pratiques religieuses autour du décès fait partie intégrante de la culture et de la formation en soins palliatifs. L’idée reste prégnante du rôle apaisant des rites de passage, que l’on y souscrive ou non quant au fond. Ceci est d’autant plus pertinent que notre pays devient progressivement et davantage multiconfessionnel.

 

Source :