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GérontoLiberté

Articles avec #aidants

Santé mentale : les seniors font-ils de la résistance ?

4 Décembre 2020, 06:28am

Publié par Louis Lacaze et Bernard Pradines

Santé mentale : les seniors font-ils de la résistance ?

La presse grand public s’est largement fait l’écho des souffrances affectant les personnes âgées pendant le premier confinement. Ceci a été particulièrement mis en exergue dans les établissements pour personnes âgées : isolement, résidents cloués au lit ou n’ayant pour occupation que la contemplation d’une fenêtre, voire tentatives de suicides.

Des études récentes[1][2][3][4] venant des USA, d’Espagne, du Canada et des Pays-Bas, rapportées dans une revue de la littérature[5] parue en novembre 2020, ont permis de prendre du recul et révélé que les seniors à domicile ont été moins affectés que les autres classes d’âge.

Aux USA, sur un panel de 4470 sur 5412 personnes sollicitées à domicile, 49,1% des 731 participants âgés de 18 à 24 ans ont déclaré rencontrer des problèmes d’anxiété, 52.3 % de dépression, 46 % de troubles liés aux traumatismes et aux facteurs de stress (trauma- or stress-related disorder - TSRD).

Pour les 1911 participants âgés de 25 à 44 ans, les pourcentages passent respectivement à 35,3 %, 32,5 %, et 36 %.

Pour les 895 participants âgés de 45 à 64 ans, nouvelle baisse à 16,1%, 14,4 % et 17,2%. Le contraste est net avec les 933 personnes âgées de 65 ans et plus vivant à domicile : 6,2 %, 5,8 % et 9.2 %.

Les chercheurs qui s’étaient fixé pour objectif la recherche des effets de l’isolement et de la solitude sur l’état mental des seniors ont cherché à relever des éléments expliquant cette résistance des seniors face au confinement. La disparition des contacts sociaux n’aurait pas de caractère traumatisant si des relations de qualité restaient disponibles. Pour beaucoup, la technologie a permis de maintenir les contacts familiaux et sociaux les plus importants. Le facteur de résistance primordial serait la sagesse, caractéristique essentielle de la vieillesse depuis la haute antiquité. Jusqu’au XXe siècle ? Elle apporte l’expérience, la patience, l’acceptation de l’inconnu, le contrôle des émotions, et avant tout empathie et compassion, bien plus présents que chez les générations plus jeunes.

Commentaires de Bernard Pradines

Ce texte fort intéressant, à rebours du politiquement correct, nous apporte un contrepoint au lamento généralisé sur le sort des personnes âgées en temps de pandémie et de confinement corollaire. Ainsi, un article cité en source française par Louis Lacaze, relatant l’interview d’un psychiatre, avance l’hypothèse suivante [6]:

« Plus vous êtes âgé, plus votre bien-être mental est élevé. Les personnes âgées se sont senties protégées au cours du confinement. Une aisance financière et une surface d'habitation plus importante les ont également préservées. Globalement, les personnes de catégories socio-professionnelles supérieures, vivant dans une grande surface avec un accès à l'extérieur, en famille, et qui ont pu continuer à travailler et à se sentir utiles, ont été les plus préservées. Les personnes isolées, dans des logements plus petits et vivant dans une insécurité financière et sociale, ont été les plus touchées dans leur bien-être mental. Ce confinement a aggravé les inégalités habituelles – il a mis de la pression sur les gens les plus fragiles. » 

Le fait essentiel est qu’il s’agit toujours de personnes âgées à domicile et non en établissement. De plus, nous ne connaissons pas encore le bilan humain si nous envisageons des sous-groupes plus vulnérables : personnes âgées à faibles revenus, celles souffrant de démence ou qui sont aidantes de personnes âgées démentes. Aucune donnée de la revue de la littérature citée n’est encore disponible dans les établissements pour personnes âgées à l’heure de sa publication.[7]

La condition dans les EHPAD français ne saurait se comparer avec celle des personnes âgées vivant à domicile dans les pays ici considérés, personnes souvent autonomes et disposant pour beaucoup de moyens financiers, matériels, intellectuels et relationnels de qualité.

Ainsi, la situation actuelle, qui demandera plusieurs années avant d’être correctement évaluée, est manifestement complexe.

Une généralisation hâtive est impossible.


[1] Czeisler MÉ, Lane RI, Petrosky E, Wiley JF, Christensen A, Njai R, Weaver MD, Robbins R, Facer-Childs ER, Barger LK, Czeisler CA, Howard ME, Rajaratnam SMW. Mental Health, Substance Use, and Suicidal Ideation During the COVID-19 Pandemic - United States, June 24-30, 2020. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2020 Aug 14;69(32):1049-1057. doi: 10.15585/mmwr.mm6932a1. PMID: 32790653; PMCID: PMC7440121.

[2] González-Sanguino C, Ausín B, Castellanos MÁ, Saiz J, López-Gómez A, Ugidos C, Muñoz M. Mental health consequences during the initial stage of the 2020 Coronavirus pandemic (COVID-19) in Spain. Brain Behav Immun. 2020 Jul;87:172-176. doi: 10.1016/j.bbi.2020.05.040. Epub 2020 May 13. PMID: 32405150; PMCID: PMC7219372.

[3] Klaiber P, Wen JH, DeLongis A, Sin NL. The ups and downs of daily life during COVID-19: Age differences in affect, stress, and positive events. J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci. 2020 Jul 17:gbaa096. doi: 10.1093/geronb/gbaa096. Epub ahead of print. PMID: 32674138; PMCID: PMC7454856.

[4] van Tilburg TG, Steinmetz S, Stolte E, van der Roest H, de Vries DH. Loneliness and mental health during the COVID-19 pandemic: A study among Dutch older adults. J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci. 2020 Aug 5:gbaa111. doi: 10.1093/geronb/gbaa111. Epub ahead of print. PMID: 32756931; PMCID: PMC7454922.

[5] Vahia IV, Jeste DV, Reynolds CF. Older Adults and the Mental Health Effects of COVID-19. JAMA. Published online November 20, 2020. doi:10.1001/jama.2020.21753

  1. Valentine Pasquesoone  France Télévisions  "Cette crise pourrait devenir une catastrophe psychologique" : quelles conséquences du Covid-19 et du confinement sur notre santé mentale ?

Huit mois après le début du premier confinement, que sait-on du poids de l'épidémie, et de ses restrictions consécutives, sur l'état psychologique des Français ? Eléments de réponse avec le psychiatre Nicolas Franck, auteur d'une enquête et d'un livre sur le sujet. 

[7] Vahia IV, Jeste DV, Reynolds CF. Older Adults and the Mental Health Effects of COVID-19. JAMA. Published online November 20, 2020. doi:10.1001/jama.2020.21753

Personnes âgées : propositions pour le monde d’après. Deuxième thème : l’actionnariat

20 Novembre 2020, 06:27am

Publié par Bernard Pradines

Image issue du site : http://www.realites.com.tn/2015/04/conference-sur-lethique-professionnelle/

Image issue du site : http://www.realites.com.tn/2015/04/conference-sur-lethique-professionnelle/

Extraits :

"La question est la suivante : est-il éthique, moral, de profiter financièrement des revenus des personnes âgées et de leurs familles lorsque celles-ci sont obligées de recourir à un hébergement en établissement ?

Ainsi, une proposition pour le monde d’après pourrait être formulée en ces termes : tout bénéfice réalisé dans une activité relative à l’accompagnement des personnes âgées devrait être réinvesti dans ce secteur et non attribué à des actionnaires, même partiellement."

Texte :

En France, Korian est le premier groupe en capitalisation boursière devant DomusVi, Les Opalines, Noble Age, etc.[1]

Le secteur privé à but lucratif des EHPAD en France s’accroit régulièrement en pourcentage de parts de marché. Il représente 21 % des places en EHPAD en 2015, tous statuts confondus. Sa progression est spectaculaire entre 2011 et 2015 puisqu’il accroit ses capacités de 12,4 % alors qu’il ne s’agit que de 0,8 % pour le secteur public hospitalier et de 4,4% pour le secteur public non hospitalier. [2]

Trois sources de financement sont à l’œuvre : hébergement à la charge des résidents et de leurs familles, dépendance à celle des Conseils Départementaux et soins à celle de l’Assurance Maladie. L’actionnariat intéresse désormais un secteur a priori vécu comme non marchand : celui des établissements et services aux personnes âgées.

Pour près de la moitié des ressources, ce système est donc financé par de l'argent public : dépendance (Conseils Départementaux) et soins (Assurance Maladie).

La marge des actionnaires est réalisée sur le budget d’hébergement.

Pour les EHPAD privés, cette marge a bondi de 4,9 % en 2015 à 7,8 % en 2017, bien davantage que dans la grande distribution.

En soi, le principe de l’actionnariat est constitutif du modèle économique actuel. La question est la suivante : est-il éthique, moral, de profiter financièrement des revenus des personnes âgées et de leurs familles lorsque celles-ci sont obligées de recourir à un hébergement en établissement ? Cette question se situe au-delà de l’efficacité économique de ce dispositif. Il serait intéressant qu’une enquête d’opinion soit réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population française.

Ainsi, une proposition pour le monde d’après pourrait être formulée en ces termes : tout bénéfice réalisé dans une activité relative à l’accompagnement des personnes âgées devrait être réinvesti dans ce secteur et non attribué à des actionnaires, même partiellement.

Qu’entend-t-on par présence thérapeutique ?

3 Novembre 2020, 06:22am

Publié par Louis Lacaze

Qu’entend-t-on par présence thérapeutique ?

Deux professeurs de gériatrie et de soins palliatifs rattachent à leur domaine un concept familier aux psychiatres, celui de la présence thérapeutique. Ce concept prend toute son importance en période de covid-19 où les gériatres tout comme les spécialistes en soins palliatifs peuvent avoir «l’impression d’être comme des chefs cuisiniers officiant dans une cuisine inconnue ».

Les professionnels maîtrisent les techniques de communication et d’observation mais un troisième élément est de première importance : la présence thérapeutique qui montrera que le soignant s’implique totalement dans les problèmes du patient.

Cette présence se décompose en trois éléments.

 

Le premier consiste à accorder une totale attention au patient, à être attentif, réceptif, à ne porter aucun jugement. A rester à l’écoute, en respectant les moments de silence. Le patient remarque très vite si cette attention est authentique ou manque de sincérité.

 

Traduire en mots le ressenti du patient représente le deuxième élément. Il s’agit de digérer l’information reçue du patient et de lui restituer ce qui pour lui a le plus d’importance. On ne lui dit pas « vous avez peur » mais « je comprends que se demander si les médecins pourront vous soulager peut vous terroriser ». Le patient peut répondre « ce n’est pas ça ». Il s’agit alors de reprendre la phase d’écoute attentive puis de faire une nouvelle tentative d’appropriation. Lors de ses visites, le Dr Brenner prend toujours une petite chaise pliante qui lui permet d’entrer dans l’espace du patient et de lui montrer qu’il a toute son attention.

 

Créer un espace commun prégnant sera le troisième élément, illustré par un exemple. Votre jeune enfant se fait une joie d’aller au cinéma, un contre-temps vous contraint d’annuler la sortie, il exprime bruyamment sa déception.

Vous pouvez réagir de différentes façons : A : ce n’est pas grave, fais autre chose. B : papa et maman sont déçus eux aussi, cesse de pleurnicher. C : je comprends très bien que tu sois déçu. La réponse C est la seule qui pourra créer un espace commun prégnant.

Toute personne qui traverse un moment de stress, de grande inquiétude ou se sent vulnérable éprouve le besoin de créer un lien, cette relation émotionnelle de l’enfant se retrouve chez l’adulte. Les soins palliatifs prennent en compte cette exigence pour amener les patients à conserver une certaine qualité de vie tout en leur faisant accepter la possibilité de voir leur état s’aggraver et de mourir. L’objectif est difficile à atteindre et exige la maitrise d’un arsenal de capacités dans le domaine de la psychologie.

 

Commentaires de Bernard Pradines 

Même si la sémantique de cet article n’est pas exactement celle qui est utilisée en France, nous retrouvons :

  • l’écoute bienveillante

  • la reformulation et

  • la validation des propos et des sentiments

Cette attitude peut aussi inspirer la relation des bénévoles et de tout intervenant auprès des personnes vulnérables. 

Source :

Keri Brenner, Dani Chammas professeurs de soins palliatifs et de gériatrie, podcast animé par Alex Smith MD et Eric Widera MD Therapeutic Presence in the Time of COVID: Podcast with Keri Brenner and Dani Chammas